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Une datura sous l'oreiller

Installation in situ de Louise-Margot Décombas

Direction artistique : Nathalie Borowski / Hubert Rivey

Commissariat et texte : la collective glitch (Zélia Bajaj & Chloé Bonannini)

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À l’intérieur du square des Batignolles, d’étranges créatures ont élu domicile dans une serre. Sous cet abri de verre, les œuvres de Louise-Margot Décombas semblent veiller discrètement sur les passant·es, à moins qu’elles ne les épient, attendant le soir pour se mettre en mouvement.

 

Leur présence transforme le Kiosque en un lieu d’hybridation, à la lisière de la chambre, du jardin et du laboratoire. En son centre, les formes organiques et usuelles fusionnent, se distordent et changent de couleurs pour faire naître de nouvelles entités. Au crépuscule, les créatures s’éveillent : les plantes respirent ou diffusent une lueur, les surfaces douces se hérissent de picots et les objets changent d’échelle comme pour affirmer leur subjectivité. Face à cette nature fantasmée, difficile de savoir si notre esprit nous joue des tours ou si nous rêvons les yeux ouverts. Peut-on se fier à ce mobilier hybride pour y trouver refuge, ou faut-il rester sur nos gardes ?

 

Les trois sculptures de Louise-Margot Décombas brouillent nos repères tout en nouant une relation matérielle et affective avec les objets qui nous entourent. D’une œuvre à l’autre, le mobilier devient abri, corps ou organisme, faisant affleurer derrière les usages coutumiers des formes de vie inattendues. Les œuvres nous invitent à considérer les objets du quotidien comme des présences actives et familières, agissant sur l’espace et les autres corps. Ces entités semblent alors moins habiter la serre qu’y développer leur propre monde, à la fois intime et autonome.

 

Rappelant un songe ou un souvenir d’enfance, Une datura sous l’oreiller prolonge cette atmosphère onirique et étrange : une fleur issue du jardin s’est glissée dans l’espace intime de la chambre. L’oreiller, associé au sommeil, aux souvenirs et aux rêveries, suggère ce moment où les frontières entre ce qui est vécu, imaginé et remémoré deviennent poreuses. Fleur nocturne et toxique, la datura est associée à l’hallucination et au trouble. Surnommée « herbe aux sorcières », elle évoque aussi des savoirs empiriques liés aux plantes, transmis en marge des savoirs institutionnels. Comme les œuvres de l’exposition, elle fait surgir, derrière l’ordinaire, une vie insoupçonnée, chargée d’affects et de souvenirs.

A propos

Louise-Magot Décombas est diplômée des Beaux-Arts de Paris et de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Elle vit à Paris et travaille à La Cyberrance à Romainville. Dans sa pratique artistique, elle met en scène des récits qui traduisent un attachement aux mobiliers du quotidien et incorporent des lieux de vie issus à la fois de la sphère intime et de l’espace public. Dans ses installations mêlant régulièrement sculptures et photographies, elle s’attache à faire ressortir les affects et les souvenirs qui les traversent. Ses recherches portent sur le détournement des habitats standardisés par l’appropriation individuelle à l’image des quartiers résidentiels, des villes ouvrières et des cités balnéaires, ainsi que sur les formes désuètes bien qu’ordinaires du mobilier extérieur.

Avec le soutien de la ville de Paris et de la Fondation des Artistes

©2026 LE K.A.B . Responsable projet : Nathalie Borowski - Le K.A.B - Square des Batignolles - 75017 Paris -  k.a.b@free.fr - Tous droits de reproduction interdits

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